Europe 1 : Objectif Cross-media
Nous avons aujourd'hui le plaisir de recevoir Nicolas Six, depuis 12 ans au sein du groupe Lagardère et plus précisément chez Europe1 après des expériences chez Europe2, Europe1 sport, RFM…
Quelle est ta vision sur la mutation actuelle des médias historiques ?
Nous vivons avec Internet une révolution. Quand je suis arrivé en 2000 dans le groupe, la vision de ces medias répondait à un formatage classique et éprouvé. Aujourd’hui, le besoin d’interactivité des auditeurs a supplanté la passivité d’hier. Ils ne souhaitent plus consommer ce qui est diffusé systématiquement mais recherche clairement une interactivité personnelle. Ils souhaitent choisir leurs programmes. Cette remarque est valable en radio mais aussi en tv bien sur…
Europe 1, par exemple, a particulièrement bien abordé ce virage en diversifiant son offre par le biais de podcasts notamment mais aussi d’émissions partagées ou retransmises en tv.
Peux-tu m’en dire davantage justement sur ce qui est proposé pour générer cette interactivité ?
Notre mode de communication n’est pas figé.
Nous avons désormais une politique Cross-media : la radio, la tv, internet sont voués à converger. Cela permet notamment des modes de consommation différents selon le support : Télévision, Téléphone, tablette, système embarqué…Chaque support propose un accès adapté au moment ou au lieu de consommation. Europe 1, par exemple, produit « le Grand rendez-vous », une émission diffusée en direct sur son antenne le dimanche matin et simultanément en version broadcast pour I-télé. En s’appropriant ce savoir-faire, la station rayonne au-delà de son image historique radio. Ce programme est également disponible sur internet en format podcast. Il devient ainsi un produit transversal "inter medias" ou "cross-médias".
Parlons audience en générale et radio, Podcasts, tv en particulier: comment organisez-vous la mesure de ces multiples sources de diffusion ?
Ca n’est simple. Déjà le contenu d’un Podcast est sensiblement différent de ce qu’on peut entendre à l’antenne. Pour la seule raison qu'il n’y a plus les pubs de l’antenne! Ces podcasts sont donc financés par des bandeaux ou des sponsors audio plus discrets. De nombreux auditeurs se déportent sur cette offre qui n'a plus la contrainte d'une écoute traditionnelle radio. Ainsi, si nous souhaitons obtenir une audience représentative de la consommation des "produits audiovisuels" Europe 1, nous devons agréger les audiences de chaque sources pour une quantification globale. Malheureusement, l'audience podcast n'est pas encore une variable prise en compte dans les mesures radio de médiamétrie (médiamétrie: l'institut de mesure d'audience).
Il faut bien comprendre qu'en matière de technologies de diffusion, le passé côtoie le futur: Pensez bien qu'une grande partie de notre auditoire est encore sur les grandes-ondes alors que d'autres sont déjà passés au numérique! Il faut suivre chaque auditeur au rythme de ses habitudes de consommation sans prendre le risque de perdre ceux qui s'adaptent moins vite. Nous devons donc maintenir nos infrastructures traditionnelles et existantes mais aussi investir massivement sur les nouvelles technologies… « Couts double » ;)
Ces évolutions technologiques ont-elles changé l'offre?
Effectivement, depuis quelques années, nous sommes rentrés dans l'ère du contenu démocratisé. Nous avons le choix de la diversité. Souvenez vous du monopole des 3 chaines tv et des quelques stations radios! A l'époque, nous étions passifs car l'offre était trop restreinte. Il y avait quelques canaux de diffusion proposant un contenu imposé. Avec l'avènement de la TNT et ses 18 chaines (voire plus dans un avenir proche), les web radios et leurs 11.000 stations, les lecteurs prédictifs, nous avons un choix plus que conséquent qui demande même à être « profilé »…
Les radios historiques comme Europe 1 ou RTL sont- elles en danger face à ces changements?
Les stations périphériques comme Europe 1 ou RTL sont bien loties face à cette mutation car leur offre est unique: Impossible d'écouter l'émission radio de Laurent Ruquier sans passer par Europe 1. C’est plus compliqué pour les radios exclusivement musicales. A l'origine, elles avaient pour objectif le partage gratuit de musique et jouissaient d'un quasi monopole. Aujourd'hui, ces stations subissent de plein fouet le succès des baladeurs numériques ,des webradios mais aussi des lecteurs prédictifs comme Deezer, Spotify…Il suffit de taper « j’aime » pour se faire plaisir avec un flux extrêmement affiné complété de suggestions liées à son profil: La radio musicale est dépassée face à cette nouvelle offre infiniment plus performante...L’auditeur devient forcement de plus en plus exigeant.
Chez Europe, gagnez-vous déjà de l’argent avec la politique offres "cross-medias" ?
Notre site internet a sa propre rédaction et gagne de l'agent par le biais des publicités présentes sur le site. Nous gagnons de l’argent mais surtout capitalisons sur l’image. Etre présent en télévision par exemple nous apporte davantage de visibilité qu’une simple publicité. Cela assoit aussi davantage notre légitimité. Nous générons donc à la fois des revenus (site web) et nous faisons des économies. Les émissions sont reprises avec nos logos, la citation de notre marque…nous payons notre pub en « nature » en quelque sorte…
Pour conclure, quel support t’inquiète le plus ? Et quel est ton rêve d’avenir ?
Tout changement est une opportunité. Il faut juste se repositionner. La radio est un média récent somme toute, puisque l’explosion de la FM date du début des années 80…et finalement déjà désuet consommé de façon isolée. Voila pourquoi le contenu est diversifié et injecté sur les canaux adéquats. Tout le monde est voué à se rejoindre. La tv se lie à la radio, la radio ajoute l’image et internet rassemble le tout!
Les équilibres s’inversent : Ainsi, pour les internautes français, internet est devenu un média deux fois plus influent que la télévision. Ainsi, lors de la seconde édition de leur Indice d'influence du numérique, Fleishman-Hillard et Harris Interactive ont mesuré en France une hausse de 15 points pour Internet en l'espace de deux ans. L'indice d'influence du média a atteint 53 % en 2010. L'indice d'influence de la télévision sur les internautes, quant à lui, n'a été que de 27 % en 2010, soit un recul de 8 point en deux ans.
Les grands médias généralistes historiques sont voués à terme à devenir ringards si ils ne se diversifient pas. Même si leur audience reste aujourd'hui importante, elle est vouée tôt ou tard à décliner. De plus, ces acteurs historiques doivent faire face à une concurrence accrue de la TNT, toujours plus dynamique. Ainsi, la chaine généraliste TF1 se voit créditer de 23,7 % de part d’audience pour 2011 contre 24,5 % en 2010 soit un recul - 0,8 pt. Dernièrement, le mardi 20 décembre 2011 en prime-time, le film "Alvin et les Chipmuncks" sur France 4 à fait une entrée dans le TOP audience de la TNT, une entrée en 2ème position avec une audience de 2,125 millions de téléspectateurs et une part d'audience de 7,5% selon les chiffres médiamétrie, ce jour la, la chaîne à même battu M6.
L’enjeu actuel, selon moi, est sur le ciblage et la thématique. Ainsi, le succès d’NRJ depuis 30ans était d’être une radio musicale généraliste. Elle s'adapte aujourd’hui en déclinant une offre diversifiée et thématique par le biais de ses webradios. Même si, pour le moment, le modèle économique des webradios reste assez flou, leur consommation est en pleine explosion (28 % du temps passé sur internet par les internautes français).
Dans l’avenir, le contenu personnel se développera, accessible selon ses besoins et ses contraintes (tv, smartphone, tablette numérique..) selon un mode consommation adapté. Ses choix, ses envies, ses gouts, ses souvenirs seront consultables simultanément sur l'ensemble des supports: le Cloud est là !
L’info stockée sur des serveurs à distance pourra être accessible avec encore plus de souplesse et de transparence. Aujourd'hui, je peux déjà voir la fin de l’émission tv d’hier sur ma tablette ou mon téléphone durant ma pause déjeuner. Le phénomène est exponentiel. Les ventes d’équipements « connectés » s’intensifient avec fulgurance. Ainsi les tablettes numériques devraient selon l’Institut Gartner atteindre un volume de ventes de l’ordre de 63 millions d’unités en 2011 soit + 260 % vs 2010.La télévision non plus n’est pas en marge: Les téléviseurs connectés, dont les ventes devraient s’élever à 2,65 millions d'unités en 2011 devraient représenter 30 % des ventes de téléviseurs. Cette proportion pourrait atteindre 78 % dès 2013 ! La télévision pourrait ainsi s'ouvrir à de nouveaux marchés : musique, paris en ligne, cloud-gaming (jeux en ligne), etc…
Dans l'avenir, "la convergence et l'interconnexion" continueront à murir et à s'intensifier ... tant que nous avons de la bande-passante…


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